PRETS : Les étudiants inégaux face aux banques

Pour décrocher un prêt étudiant, il suffit d’être majeur et de présenter un certificat de scolarité. Mais les étudiants ne sont pas égaux face aux banques. Reste à savoir dans quelle mesure l’offre varie en fonction des études que vous avez choisies.

Depuis dix ans, les banques développent une offre spécifique de prêts destinés aux étudiants. Il faut dire que les 18-25 ans représentent 6,1 millions de personnes : un marché incontournable ! « Nous savons que lorsque l’étudiant entre dans la vie active, son PNB bancaire est multiplié par quatre », souligne un chef de produit crédit à la direction marketing du Crédit agricole. Un prêt étudiant est forcément plus avantageux qu’un prêt classique. Principal intérêt : la souplesse. Ce type de prêt donne la possibilité de différer l’amortissement. Le différé peut être partiel – les intérêts et les éventuels frais d’assurance sont alors versés pendant les études – ou total – l’ensemble des remboursements est reporté après les études/ « Cela permet aux étudiants de ne pas être préoccupés par leur prêt et de commencer à rembourser lorsqu’ils entrent dans la vie active ».

Certaines banques proposent par ailleurs un déblocage successif des fonds. Ce dispositif permet d’alléger le coűt total du crédit, les intérêts n’étant à verser que sur la fraction du crédit débloqué. Les banques proposent également des prolongements de la durée de remboursement ainsi que des augmentations ou des diminutions des mensualités, ceci afin d’ajuster les remboursements en fonction des revenus réels. « Le prêt n’est pas un carcan », insiste un directeur de marché grand public à la Société générale. « Un jeune qui souhaite emprunter peut le faire sereinement ».

Des taux d’intérêts entre 2,8 et 5,65 %

Le montant et le taux du prêt varient en fonction du niveau et du type d’études. Pour résumer, les banques vous proposeront plus et à de meilleures conditions si votre avenir est assurément prometteur. « Les étudiants des grandes écoles ont une scolarité plus dense et généralement plus chère que ceux de l’université. Ils sont par ailleurs plus visibles sur le marché, donc plus enclins à solliciter un prêt « . L’intérêt pour ces profils est tel que des banques comme BNP-Paribas, le Crédit Lyonnais ou encore la Société Générale ont passé des accords avec les écoles de commerce les plus prestigieuses pour assurer le financement des 6000 à 8000€ de frais de scolarités annuels demandés. Si le taux peut descendre sous 3% pour les élèves entrant en écoles de commerce et d’ingénieurs, il peut atteindre 5,5% pour les étudiants engagés dans un cycle long à la fac.

« Etre dans une école renommée est clairement un avantage lorsqu’on veut décrocher un prêt, estime Mathieu, 23 ans, en 3e année à ESCP-EAP. Les banques doivent certainement avoir des barèmes définis en fonction des études ». En fin de 1ère année, il contracte un prêt de 17 000€. Les frais de scolarité de l’école sont de 6 800€ en 1ère année, puis de 6 900€ les deux années suivantes, soit un total de 20 600€. « Mes parents m’ont aidé la première année. Ils auraient pu continuer, mais c’était un peu « limite « pour eux. J’ai donc décidé de contracter un prêt afin d’être autonome. « Il fait le tour des banques et constate que les taux convergent vers 3%. « Puis, j’ai découvert l’offre de la Bred Grandes écoles, une agence spécialisée dans les grandes écoles et proposant un taux de 2,5%. L’argument a été décisif ! J’ai la possibilité de débloquer ce prêt de manière fractionnée « , précise-t-il. Il remboursera, à partir de la fin de ses études, 300 à 400€ par mois pendant sept ans.

Dans les écoles, les étudiants sont encadrés, à la fois dans leur cursus et leur vie quotidienne. A l’université, la situation est bien différente. Alors étudiant en LLCE (Langues, lettres et civilisation étrangères), Benoît choisit de faire un prêt en 2001 afin de financer son année de maîtrise en Angleterre. « Il n’y avait pas d’obligation, mais, à l’époque, je voulais être prof et, pour faire l’IUFM, il fallait être parti une année à l’étranger « , explique-t-il. Ses parents ne pouvant l’aider, il se tourne vers sa banque, le Crédit agricole. « J’ai comparé avec la Société générale, mais je n’ai pas fait 36 établissements. Je suis resté au Crédit agricole. « Il emprunte alors 35 000 francs de l’époque, à un taux de 5,65 %. Il a commencé à rembourser en 2004, à l’issue de ses études, à raison de 200e par mois. « Avec les intérêts, mon prêt de 35 000 francs me reviendra à 41 000 francs « .

CENTRALE : LE POIDS DU RÉSEAU

« Mes parents n’avaient pas les moyens de financer ma scolarité. Ils ne pouvaient pas non plus se porter caution, raconte Hugues, étudiant en 2e année à l’Ecole centrale de Paris. Je n’avais pas d’autre choix que de me faire cautionner par la Société des amis « . L’association, créée en 1909 et reconnue d’utilité publique en 1921, est l’interlocuteur des élèves-ingénieurs en termes de prêts. « N’importe quel élève doit pouvoir mener son cursus à bien sans connaître de problème financier, explique Jean-Michel, son délégué. Et nous voulons éviter les boulots de nuit « , ajoute-t-il. Chaque année, l’Ecole centrale cautionne une vingtaine de prêts souscrits auprès du Crédit lyonnais, banque partenaire depuis 1998. Le montant maximum est fixé à 24 000€, le taux d’intérêt se situant à 3,3%. Pour les étudiant, le chemin est parfaitement balisé. « Je n’ai pas eu grand chose à faire. J’ai exposé mon projet professionnel et mon plan de financement. « Les demandes sont examinées deux fois par an par une commission paritaire réunissant les représentants de l’école, de la résidence et des associations d’élèves. « Nous cherchons à savoir comment l’élève se comporte, précise Jean-Michel. Est-il assidu aux cours ? Nos fonds ne doivent pas aller aux étudiants les moins méritants. « Hugues Bodin a emprunté au total 15 000€ avec une franchise de deux ans et un remboursement sur cinq ans. Il paye actuellement 40€ par mois, soit le montant des intérêts. Il versera ensuite 300€ mensuels à compter de sa dernière année d’études, année comportant un stage de six mois, rémunéré.

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